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Tu as été la toute dernière personne à toucher ma fille sur cette terre. Tu as pris son petit corps silencieux, figé par la mort, et tu l’as lavée. Tu l’as habillée avec les vêtements que j'avais soigneusement choisis et mis dans un sac en papier brun : son jean préféré, un t-shirt bleu vif, un petit débardeur léger. Des années plus tard, j’ai paniqué. Je me suis soudainement souvenu (ou cru me souvenir) que j’avais peut-être oublié les sous-vêtements. Dans ma détresse, j’ai appelé la maison funéraire. Et tu sais quoi? On m’a répondu avec douceur, avec cette humanité rare qui ne s’apprend pas dans les manuels : « Ne vous inquiétez pas. Quand une famille oublie quelque chose, on s’en occupe. Discrètement. Avec soin. » Tu m’as aussi aidée à comprendre qu’il était parfaitement correct de lui enfiler ses bas ‘’fluffy’’. C’étaient ses préférés. Tu les as glissés doucement sur ses pieds, comme je l’aurais fait moi-même. Et puis il y avait cette couette en duvet. Celle qu’elle utilisait pour écouter la télé enroulée comme un burrito. Je t’ai demandé, en larmes, entre deux respirations hachurées, de la rouler dedans une dernière fois. Tu l’as enveloppée comme elle aimait tant. Et tu l’as couchée doucement, tendrement, pour la dernière fois. Le métier que personne ne mentionne au secondaireHonnêtement… je n’ai aucune idée de ce qui pousse une personne à devenir embaumeur ou thanatopracteur. Ce n’est pas un métier dont on parle au secondaire. Et pourtant, tu l’as choisi. Tu as choisi de soigner des cœurs brisés. De recevoir les vivants en ruines et les morts en silence. Tu as choisi une vocation où les gens arrivent dévastés. Certains figés, d’autres enragés. Tu es témoin d’émotions extrêmes, de non-dits explosifs, de conflits familiaux étalés à vif… et tu restes stable. Tu vois la douleur dans sa forme la plus pure. Des enfants partis trop tôt, des gens seuls que personne ne pleure. Des vies brisées, des silences lourds. Et malgré tout, tu n’as pas durci. Tu n’es ni détaché, ni froid. Tu es l’exact opposé : ton cœur, lui, semble s’agrandir à chaque rencontre. Tu sembles avoir compris quelque chose que la société a oublié : que l’humanité se cache souvent dans les gestes les plus simples. Que prendre soin des morts, c’est parfois le dernier acte d’amour que l’on peut poser pour les vivants. Tu m’as épargnée d’un souvenir que je n’aurais pas supportéTu m’as regardée dans les yeux et tu m’as demandé : « Quel est votre dernier souvenir d’Avery? » Je t’ai parlé de ce matin-là. De la lumière dorée qui l’enveloppait dans la salle de bain. De sa voix qui me coupait le souffle quand elle chantait dans la voiture. Je t’ai raconté comment elle s’est arrêtée, en sortant de l’auto, pour me dire doucement : « Tu sais maman, je suis vraiment une fille de Dieu. » Puis elle a souri et s’est éloignée en sautillant. Tu m’as aidée à ancrer ce souvenir. Et à effacer celui que je n’aurais jamais voulu avoir. Tu as pris sur toi ce fardeau invisible. Et combien de fois as-tu fait cela? Combien de traumatismes as-tu accueillis, absorbés, atténués… pour épargner des étrangers? Le prix de ta vocationOn ne parle pas assez des sacrifices de ton métier. Combien de matchs de foot de ton enfant as-tu ratés? Combien de soupers annulés, de nuits blanches à accompagner quelqu’un d’autre? Combien de fois t’es-tu retrouvé seul avec tes pensées pendant que d’autres faisaient la fête? Et combien de fois as-tu été ignoré, évité dans un commerce ou dans la rue, parce que ton travail nous rappelle ce qu’on préfère fuir? Je sais que ça peut être solitaire. Mais moi, je veux te dire ceci : Merci.Merci d’avoir pris soin d’Avery une dernière fois. Merci d’avoir choisi ce métier si difficile, si noble. Merci pour ta compassion, ta patience, ta force tranquille. Merci pour chaque famille que tu as réconfortée dans le silence. Merci d’avoir été là, quand plus personne ne savait quoi faire. Ce que tu fais est sacré. Ton rôle est essentiel. Ton impact est éternel. À ceux et celles qui exercent dans l’ombre du deuilÀ vous qui soignez les vivants en habillant les morts :
On vous voit. On vous remercie. Et on ne vous oubliera jamais. SERVICES FUNERAIRES EN LIGNE
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AuteurPierre-Maxime Fugère, Thanatologue |